Roberto De Zerbi est toujours là. Présent devant les journalistes après l’humiliation subie par l’Olympique de Marseille face au Club Bruges (0-3) en phase de poules de la Ligue des champions, l’entraîneur italien n’a pas seulement confirmé qu’il restait en poste : il en a aussi profité pour adresser une pique bien sentie à sa direction. Alors que l’OM est englué dans une crise sportive et institutionnelle, De Zerbi a mis en lumière un mal profond du projet phocéen : l’instabilité chronique.
Une conférence de presse tendue dans un climat pesant
L’ambiance était lourde à la commanderie ce vendredi matin. Moins de 48 heures après une déroute européenne et dans un contexte où des rumeurs d’abandon circulaient, Roberto De Zerbi s’est présenté devant la presse, visiblement déterminé à clarifier sa position. « Je suis encore là. J’ai la force pour rester à Marseille encore 5 ou 6 ans », a-t-il assuré devant les caméras, relayé notamment par Onze Mondial. Mais derrière cet engagement de façade, le technicien passé par Brighton a lancé un message clair aux décideurs olympiens, Benatia et Longoria en tête.
En cause ? Le renouvellement incessant de l’effectif et l’incapacité, selon lui, à construire un groupe pérenne. « Cet été on a changé environ 12 joueurs. […] S’il y a toujours 6 ou 7 changements, c’est dur d’être compétitif. » Une estocade dirigée vers une cellule de recrutement marseillaise qui joue depuis plusieurs saisons à réinventer l’équipe lors de chaque mercato.
Un paradoxe tactique qui interroge
Si le message de De Zerbi en matière de stabilité est limpide, certains observateurs lui reprochent un certain paradoxe. L’Italien, réputé pour son jeu de position exigeant et ses ajustements permanents, a utilisé pas moins de 30 compositions différentes en autant de matchs sur la première partie de la saison 2025-2026. Un chiffre qui questionne sa propre capacité à créer cette fameuse cohésion qu’il appelle de ses vœux. Alors, faut-il voir dans cette déclaration une volonté de se dédouaner ou un réel cri d’alarme ?
La comparaison avec la stabilité du PSG, éternel rival, est inévitable. À Paris, malgré la pression constante, Luis Enrique – puis Xabi Alonso en ce début 2025-2026 – ont su conserver une colonne vertébrale bien ancrée (Donnarumma, Marquinhos, Vitinha, Mbappé), permettant aux automatismes de se développer saison après saison. Un luxe que l’OM ne semble toujours pas pouvoir s’offrir.
La direction de l’OM face à ses contradictions
C’est un secret de Polichinelle : Pablo Longoria, président de l’OM, a une approche très dynamique du marché, parfois au détriment de la stabilité. Depuis 2021, rares sont les joueurs à établir leur empreinte durablement au Vélodrome. Ce sont pourtant ces cycles courts que De Zerbi pointe aujourd’hui du doigt, conscient qu’à haut niveau, le manque de continuité technique et humaine est un frein majeur à la compétitivité européenne.
Alors que l’OM se débat en championnat pour accrocher l’Europe – une tâche compliquée avec une attaque qui peine à trouver ses repères et une défense perméable – ces déclarations mettent toute la structure marseillaise face à ses responsabilités. L’avenir européen du club est menacé, et une refonte du projet sportif s’impose peut-être plus que jamais.
Quel impact sur la suite de la saison ?
Sur le terrain, l’OM devra vite réagir. Out en Ligue des champions, reversé en Ligue Europa, le club vise désormais une place qualificative via la Ligue 1. Mais le malaise exprimé par De Zerbi pourrait être le signal d’un divorce à moyen terme si aucune stabilité ne se construit autour de lui. Face au PSG – que Marseille retrouvera au Vélodrome en février –, les différences structurelles seront flagrantes, tant dans la gestion institutionnelle que dans la logique sportive.
Reste à savoir si ce cri du cœur de Roberto De Zerbi sera entendu… ou s’il nourrira un peu plus le sentiment d’instabilité ambiant.