Sanctionner des supporters absents du match ? C’est la ligne prise par la préfecture d’Ille-et-Vilaine, qui a interdit le déplacement des fans de l’Olympique de Marseille pour la rencontre Rennes – PSG, programmée le 13 février en ouverture de la 22e journée de Ligue 1 2025-2026.
Une mesure exceptionnelle… et incomprise
Dans un arrêté préfectoral publié cette semaine, les autorités locales ont décidé l’interdiction de présence des supporters de l’OM à Rennes à l’occasion du match Rennes – PSG. Une décision hautement inattendue, le club marseillais n’étant même pas impliqué dans cette affiche. Selon l’arrêté officiel, relayé notamment par Onze Mondial, cette restriction vise à anticiper d’éventuelles confrontations entre ultras de Marseille et du PSG, ces derniers devant effectuer un déplacement par la Bretagne.
Il est précisé que des groupes de supporters olympiens auraient été repérés dans la région Grand Ouest et pourraient chercher à provoquer des heurts avec des Parisiens lors de cette rencontre tendue. Conséquence immédiate : port de maillots, écharpes et tout signe distinctif de l’OM interdit dans et autour du Roazhon Park entre 15 h et 19 h le jour du match. Une sanction sévère, presque surréaliste, mais qui s’ancre sur une base habituelle : celle de la prévention du risque de violences liées à la rivalité historique entre Marseillais et Parisiens.
OM – PSG : une rivalité qui déborde… jusqu’à Rennes
La rivalité entre l’OM et le PSG a franchi un nouveau cap cette saison. Le 8 février dernier au Parc des Princes, les hommes de Luis Enrique ont infligé une humiliation historique à leurs rivaux marseillais avec un cinglant 5-0. Un revers qui reste dans les mémoires et qui exacerbe davantage les tensions entre les deux camps. C’est dans ce contexte explosif qu’intervient la décision préfectorale. Si les violences sont redoutées, aucun incident n’a pourtant été recensé en lien avec une présence massive de supporters de l’OM en Bretagne, ce qui pousse plusieurs observateurs et groupements de fans à remettre en question la proportionnalité de cette interdiction.
Faut-il rappeler que le match ne concerne en rien les Marseillais ? Les interdire d’assister à une rencontre qu’ils pourraient simplement vouloir suivre en tant que passionnés – ou curieux – paraît excessif. D’un point de vue juridique et social, c’est un terrain glissant : limiter la liberté de circuler et de s’exprimer (via les couleurs d’un club) sur la base d’un risque hypothétique soulève des interrogations légitimes.
Des supporters visés par principe ? La question de l’efficacité des arrêtés préfectoraux
Ce n’est pas la première fois que des déplacements de supporters phocéens sont restreints. Depuis plusieurs saisons maintenant, les déplacements de l’OM sont régulièrement encadrés ou annulés, parfois au dernier moment. La sévérité des mesures, bien que motivée par des intentions sécuritaires, alimente le ressentiment d’une frange de fans souvent stigmatisée.
Cette affaire relance ainsi un débat crucial : le recours systématique aux arrêtés préfectoraux ne devient-il pas contre-productif ? À trop vouloir prévenir le risque, on semble omettre la nécessité d’apaisement. Les clubs, notamment via les groupes de travail mis en place par la Ligue et la FFF, militent pour un dialogue plus constructif et des dispositifs d’encadrement encadrés mais inclusifs, à l’image d’équipes comme Lens ou Strasbourg dont les fans voyagent sereinement sous supervision étroite.
Mais pour des clubs comme le PSG ou l’OM, dont la rivalité est la plus intense du football français, la donne est différente. Et chaque nouveau match, direct ou indirectement lié à cette opposition, devient un foyer potentiel de tensions. Jusqu’à remettre en cause la liberté de fans marseillais… même en leur absence sur le terrain.
Quel message envoie la Ligue 1 à ses supporters ?
En cette saison 2025-2026, alors que l’OM peine à retrouver sa régularité et que le PSG caracole de nouveau en tête, la fracture entre supporters et institutions semble s’élargir. Ce nouvel épisode accentue cette tendance. L’image du football populaire et fédérateur s’efface un peu plus chaque jour derrière des mesures de plus en plus strictes. Si les violences doivent être combattues avec rigueur, cela ne peut se faire au détriment de tous les supporters, systématiquement présumés à risque.
L’OM continue, malgré tout, de mobiliser ses fans, même à distance. Et ce match, bien que sans eux, résonnera encore une fois comme un rappel de la passion indéfectible qu’ils entretiennent. Une passion qu’aucun arrêté ne saurait éteindre, même en terres bretonnes.