Il est des joueurs qui laissent une empreinte indélébile, non pas uniquement par leurs exploits techniques, mais par la tempête qu’ils peuvent déclencher dans un vestiaire ou dans un bureau présidentiel. Hatem Ben Arfa, l’un des plus grands talents bruts de sa génération, appartient résolument à cette catégorie. Son passage à l’Olympique de Marseille, entre 2008 et 2010, reste comme un mélange explosif de génie et d’instabilité. Retour sur cette scène surréaliste racontée par Jean-Claude Dassier, qui résonne encore entre les murs de la Commanderie.
Une scène inouïe qui marque l’histoire du club
L’Équipe Explore est revenu récemment sur l’un des épisodes les plus intenses du parcours marseillais de Ben Arfa. Alors que les tensions s’accumulaient entre le gaucher fantasque, Didier Deschamps — alors coach de l’OM — et le président Jean-Claude Dassier, la tension a explosé. Ben Arfa, excédé de ne pas être titularisé à la hauteur de ses attentes, a tout simplement détruit le bureau présidentiel d’un revers de bras. Selon Dassier lui-même, cité par le portrait de L’Équipe, « Il a mis son avant-bras sur mon bureau et brrr, il a tout balancé. Ça a fait un tel bruit que mon garde du corps a accouru, paniqué, en pensant : on est en train de tuer le président. »
Cette séquence, au-delà de son aspect hollywoodien, symbolise la difficulté chronique de l’OM, même en 2025, à canaliser les fortes têtes et à structurer une direction cohérente autour du football moderne. Déjà à l’époque, l’ombre de Paris planait. Alors en pleine ascension, ce sera finalement le PSG qui accueillera un Ben Arfa plus mature quelques années plus tard, mais non moins imprévisible. Une transition qui, encore aujourd’hui, fait grincer des dents les supporters marseillais les plus fervents.
Le paradoxe Hatem Ben Arfa : génie incompris ou joueur ingérable ?
Sur le terrain, Ben Arfa a illuminé le Vélodrome par son aisance technique et ses fulgurances. Champion de France et vainqueur de la Coupe de la Ligue avec l’OM lors de la saison 2009-2010, il aura finalement quitté le club en pleine tourmente, direction Newcastle, après un bras de fer qui aura duré tout un été. Si les tensions entre joueurs et staff sont monnaie courante dans le foot de haut niveau, l’intensité des incidents impliquant Ben Arfa reste unique dans l’histoire récente de Marseille.
À Newcastle, Alan Pardew le qualifiera plus tard d’« impossible à gérer ». À Nice, il renaîtra brièvement. Au PSG, il regoûtera à l’exigence de l’élite, mais sombrera à nouveau dans l’irrégularité. En 2025, alors que la rivalité OM-PSG continue de dominer la Ligue 1 Uber Eats, le cas Ben Arfa illustre une constante : si Paris réussit à canaliser les égos, Marseille semble encore payer le prix de son romantisme, où l’on confond parfois liberté et indiscipline.
Un miroir pour l’OM d’aujourd’hui
En pleine saison 2025-2026, avec Roberto De Zerbi sur un siège de plus en plus éjectable selon plusieurs sources, et Medhi Benatia en conflit ouvert en interne, cette vieille histoire trouve une résonance particulière. L’OM semble encore peiner à poser les fondations d’une gouvernance stable. Gérer les talents, oui, mais à condition d’avoir une direction structurée, respectée et compétente. En regardant le PSG, rival honni mais modèle d’efficacité sur ce point, on comprend l’ampleur du travail restant à accomplir côté marseillais.
Alors que l’OM bataille pour sécuriser une qualification européenne cette année, les erreurs du passé doivent servir de leçon. Des talents comme Ben Arfa, on en aura encore… mais leur épanouissement passe par un cadre. Et ce cadre, s’il est bancal, finit tôt ou tard par exploser.