Adrien Rabiot et le PSG : un divorce vieux de cinq ans, mais des plaies toujours ouvertes en coulisses. Alors qu’il brille désormais à la Juventus et avec l’équipe de France, le milieu formé à Paris poursuit son ancien club devant la justice. En cause : la nature de son contrat entre 2014 et 2019, qu’il estime être un CDI déguisé. Retour sur un bras de fer hors du terrain, aux enjeux inédits pour le football professionnel.
Un départ houleux qui laisse des traces
Décembre 2018. Adrien Rabiot, alors pilier du milieu de terrain du PSG, refuse de prolonger son contrat arrivant à échéance en juin 2019. En réponse, le club décide de l’écarter du groupe professionnel. Il ne rejoue plus jusqu’à son transfert libre à la Juventus en juillet. Ce bras de fer précipite un divorce brutal avec son club formateur, où il avait signé son premier contrat pro à seulement 17 ans.
Mais certains détails de cette exclusion posent encore question. À l’époque, Rabiot dénonçait un « traitement injuste », semblant assimiler son éviction à une sanction illégitime pour non-renouvellement. Selon L’Équipe, plusieurs mesures avaient été prises contre lui : suspension de ses primes d’éthique, mise à pied en mars 2019, accès restreint aux installations. Autant d’éléments qui alimenteraient, aujourd’hui, une procédure judiciaire engagée en marge des tribunaux sportifs traditionnels.
Vers une requalification de contrat : un précédent juridique pour le football ?
C’est devant la cour d’appel de Paris que se joue désormais l’épisode judiciaire. Le camp Rabiot, dirigé par Me Romuald Palao, ne réclame pas des dommages pour harcèlement moral, comme l’avait fait Hatem Ben Arfa dans un litige similaire. Sa demande est plus audacieuse : faire reconnaître que son contrat avec le PSG aurait dû être un CDI, et non un CDD.
Cette stratégie s’appuie sur une jurisprudence issue du rugby professionnel. En 2017, le joueur argentin Patricio Albacete avait obtenu la requalification de son contrat au Stade Toulousain après onze saisons consécutives. La Cour de cassation avait confirmé ce jugement en 2022, estimant que son activité n’était ni exceptionnelle, ni ponctuelle – deux critères essentiels pour justifier un CDD selon le Code du travail.
Le cas de Rabiot présente une analogie troublante. Entre 2012 et 2019, le milieu a enchaîné plusieurs prolongations – mais toujours sous forme de CDD. Sa dernière signature date de 2014, pour un contrat de cinq ans expirant en 2019. Or, comme le rappelle L’Équipe, la loi imposant le CDD dans le sport pro n’est entrée en vigueur qu’en 2015, et ne s’applique donc pas rétroactivement à son dossier.
Un verdict au goût de jurisprudence pour les clubs pros
Le PSG ne s’est pas exprimé publiquement sur cette affaire. Me Benjamin Louzier, son conseil, n’a fait aucun commentaire. Mais en coulisses, la direction suit le dossier avec attention. Car si Adrien Rabiot obtenait gain de cause lors du verdict attendu le 19 juin prochain, cela pourrait bousculer le modèle contractuel du football français.
Derrière ce litige individuel, se cache en effet une menace potentielle pour la stabilité juridique du sport professionnel. Jusqu’ici, les contrats à durée déterminée (CDD) sont la norme, censée s’adapter aux aléas du haut niveau. Une victoire de Rabiot ouvrirait la voie à d’autres joueurs estimant avoir été utilisés, non pas ponctuellement, mais de manière pérenne dans leur club.
Ce dossier sensible arrive dans un contexte où le PSG, bien que renforcé sur le plan institutionnel, reste parfois critiqué pour son traitement de certains joueurs à forte personnalité. L’issue de cette procédure pourrait ainsi peser lourd en termes de relations humaines, mais aussi juridiques pour l’ensemble de l’industrie footballistique française.