Alors que la saison 2025-2026 bat son plein, un ancien joueur de l’Olympique de Marseille attire l’attention loin des terrains, en prenant position – sans un mot – sur une situation sociale explosive qui secoue son pays. Azzedine Ounahi, désormais joueur de Gérone en Liga, a publié une série de clichés poignants en story Instagram, en lien avec les manifestations massives actuellement en cours au Maroc. Et si ce geste silencieux marque les esprits, il est aussi révélateur d’un football toujours plus impliqué dans les enjeux sociétaux.
Un Maroc sous tension à quelques mois de la CAN 2025
Depuis plusieurs jours, des milliers de jeunes envahissent les rues du Maroc pour réclamer des réformes profondes du système éducatif et de santé, reprenant des slogans aussi forts que glaçants : « Liberté, dignité, justice », ou encore « Les stades sont là, mais où sont les hôpitaux ? ». Une référence directe à l’investissement massif de l’État dans les infrastructures sportives à l’approche de la CAN 2025 et de la Coupe du monde 2030, organisée conjointement avec l’Espagne et le Portugal.
C’est dans ce contexte brûlant qu’Ounahi, formé à Angers et passé par l’OM en Ligue 1, a choisi de s’exprimer, ou plutôt de montrer sans mots. Les photos publiées – manifestants interpellés, tensions dans la rue – sont lourdes de sens. Si l’international marocain n’a ajouté aucun commentaire, ce silence résonne comme une prise de position implicite mais claire : solidarité avec la jeunesse de son pays.
Ce cri du cœur visuel fait écho à un drame récent ayant exacerbé la colère populaire : la mort de huit femmes enceintes à Agadir, faute de soins appropriés dans un hôpital public. Cet événement tragique, couplé à la frustration de voir des milliards investis dans des stades alors que les hôpitaux manquent cruellement de moyens, a fait déborder le vase.
Ounahi, entre engagement citoyen et héritage marseillais
Le football a souvent été une caisse de résonance pour les injustices sociales, et les anciens Olympiens ne sont pas en reste quand il s’agit de lever la voix ou d’afficher leur soutien. À Marseille, la solidarité et les luttes sociales sont du quotidien. L’OM s’est forgé une identité populaire contrastant avec le fonctionnement plus institutionnalisé du PSG, son éternel rival. Là où Paris valorise avant tout l’image de marque et les droits TV, l’OM reste enraciné dans les quartiers, à l’écoute de ses supporters, forts d’un esprit de révolte et de résilience.
Ce n’est donc pas surprenant qu’un joueur ayant porté les couleurs phocéennes fasse entendre, même discrètement, un message engagé. Ounahi, qui a connu une saison mitigée à Marseille avant de relancer sa carrière en Liga, montre qu’il n’a rien oublié de ses racines ni de ses valeurs.
Ce geste, c’est aussi un rappel que, malgré les millions et la notoriété, les footballeurs restent connectés aux réalités sociales. Il pose aussi une question plus large : quel rôle pour les sportifs dans le débat public ? À l’heure où le Maroc veut rayonner à l’international via le sport, les critiques internes sur les priorités gouvernementales pourraient devenir un sujet sensible… surtout si d’autres stars de la sélection, comme Hakimi – joueur emblématique du PSG – décidaient de s’exprimer à leur tour.
Quelle résonance pour l’OM et la Ligue 1 ?
Si Ounahi n’évolue plus sous les couleurs olympiennes, ses prises de position interrogent aussi sur le traitement de ces sujets en Ligue 1. Le championnat, souvent discret sur les causes internationales, pourrait se retrouver sous pression si d’autres joueurs prenaient la parole. L’OM, fidèle à son ADN engagé, n’a jamais craint de s’aligner sur des causes populaires, même controversées – une posture qui contraste une fois de plus avec la communication lisse et contrôlée côté PSG.
Pour les supporters marseillais et les observateurs du football hexagonal, le geste d’Ounahi réaffirme cette ligne de fracture. Le football n’est pas seulement un sport, c’est un miroir de la société. Et les clubs, comme les joueurs, participent à ce reflet, qu’ils le veuillent ou non.
En cette saison 2025-2026, l’OM poursuit sa quête de podium en Ligue 1 et nourrit des ambitions européennes. Mais derrière les écrans, les anciens Olympiens continuent aussi de marquer les esprits, par leurs gestes, leurs valeurs… et parfois leur silence.