Depuis le début de la saison 2025-2026, la tension est palpable entre plusieurs présidents de clubs français et la Ligue de Football Professionnel. À l’avant-poste de cette fronde, Frank McCourt, propriétaire de l’Olympique de Marseille, et Joseph Oughourlian, président du RC Lens, unissent leurs voix pour dénoncer une gouvernance qu’ils estiment dépassée et inefficace. Entre gestion chaotique des droits télé et éloignement des clubs de la prise de décision, l’heure est à une remise en question en profondeur du modèle actuel.
McCourt et Oughourlian : le duo qui veut secouer la LFP
Dans une interview accordée début septembre 2025 au Figaro, Frank McCourt et Joseph Oughourlian n’ont pas mâché leurs mots à l’encontre de la LFP et de son président Vincent Labrune. Pour McCourt, le constat est sans appel : « Cela fait neuf saisons que je suis engagé dans le club. (…) La LFP ne représente plus les clubs. Sa gouvernance est opaque et inefficace. » Une charge frontale qui s’inscrit dans un contexte particulier pour l’Olympique de Marseille qui, malgré un début de saison prometteur en Ligue 1, voit ses ambitions bridées par une organisation jugée défaillante.
De son côté, Oughourlian cible la gestion calamiteuse des droits TV, notamment le contrat avorté avec DAZN : « On nous avait promis un milliard, on a eu 700 millions. La LFP a failli à sa mission. » Pour les deux dirigeants, l’heure est venue de centraliser les clubs autour d’un modèle plus démocratique : « Un club, un vote ». Une idée simple, inspirée de ligues européennes performantes, qui pourrait transformer les ambitions des clubs tricolores sur la scène continentale.
Une autre vision que celle défendue par Nasser Al-Khelaïfi
La rivalité OM-PSG dépasse les terrains cette saison. Elle s’invite désormais dans les couloirs du pouvoir. Nasser Al-Khelaïfi, président du Paris Saint-Germain et figure influente au sein de la LFP et de l’ECA, porte une vision diamétralement opposée. Il estime que les succès du PSG en Ligue des Champions montrent la réussite du modèle français. McCourt rétorque : « Il pense que la Ligue fonctionne car cela marche pour le PSG. C’est une vision différente de la nôtre. »
En filigrane, la critique porte aussi sur un déséquilibre structurel. Pour Oughourlian, le système actuel profite à une poignée d’élus – comprenez le PSG – tandis que les autres clubs, malgré une base de supporters fidèle et une forte identitié territoriale comme à Marseille ou à Lens, peinent à maintenir leur compétitivité.
Quel avenir pour le football français ?
La saison 2025-2026 marque un tournant pour la Ligue 1. L’échec récent de la commercialisation des droits TV et le fiasco autour de DAZN ont créé une instabilité financière que même les premiers de classe, PSG et OM compris, ont du mal à compenser. Pour McCourt et Oughourlian, l’avenir se nomme « Ligue 1+ », une plateforme destinée à centraliser et moderniser l’accès aux contenus footballistiques.
Dans un rare moment d’unité, les deux dirigeants expriment leur confiance envers Nicolas de Tavernost, nouveau visage du projet. « Les clubs doivent s’unir derrière Nicolas et ce projet », insiste McCourt. L’enjeu est de taille : créer une expérience immersive, avec un accès direct aux vestiaires, aux réactions des joueurs, et aux coulisses du match. Une stratégie claire pour s’aligner sur les meilleures offres britanniques, allemandes ou espagnoles.
Impact sur l’OM et les ambitions européennes
Pour l’OM, cette bataille institutionnelle dépasse le cadre politique. Elle conditionne aussi l’avenir sportif d’un club historique en quête d’un retour durable sur la scène européenne. Si la gouvernance actuelle persiste, McCourt craint de voir l’écart avec les grandes ligues européennes continuer de se creuser, et avec lui, l’ambition de Marseille en Ligue des Champions.
Avec une telle instabilité à la tête de la Ligue 1, il devient de plus en plus difficile pour l’OM de bâtir une stratégie cohérente à long terme. Les ambitions marseillaises, notamment en Europa League cette saison, pourraient être impactées en termes d’attractivité pour les joueurs et de ressources économiques.
Conclusion : cette sortie médiatique de deux grandes figures du football français n’est pas simplement le symptôme d’un ras-le-bol. C’est le signe que le modèle LFP actuel touche à ses limites. Si rien ne change, l’écart entre un PSG surfinancé et ses rivaux nationaux, OM et Lens inclus, n’ira que croissant. Et c’est tout l’avenir compétitif du championnat qui est en jeu.